Gazogène

Paradise lost : les Maldives sous un un océan de déchets

Thilafushi 6

C’est bien connu, les îles Maldives, avec ses eaux turquoises, son environnement préservé, et ses indigènes exotiques et bienveillants, c’est le « paradis… » Loin de la grisaille, de la saleté, des pollutions de toute natures, et des musulmans de la capitale du pays, elles permettent à plus d’un million de touristes d’aller se « ressourcer » dans les grands hôtels « magiques » posés au ras de l’eau dans 99 atolls inhabités.

 

Mais cette invasion de touristes a un prix : ces admirateurs de la nature, outre le fait qu’ils font exploser leur bilan-carbone en allant là-bas, produisent une phénoménale quantité de déchets. A raison de près de 4 kilos par personne et par jour, ça représente un volume total de 330 tonnes par jour. Et en augmentation constante depuis vingt ans…

 

Bouteilles en plastique, téléphones, piles, emballages, conserves se retrouvent jetés sans qu’aucun traitement d’aucune sorte ne soit prévu. En 1992, de peur de voir les atolls magiques envahis de décharges sauvages, le gouvernement décidait de transformer une île, celle de Thilafushi, en dépotoir. 

 

La solution devait, comme toujours, être « transitoire… » Mais comme évidemment, les responsables politiques sont bien vite retournés à leurs petites affaires habituelles, « rubbish island » est restée sous son tas de déchets. Des hommes d’affaires locaux se partagent le gâteau du stockage qui se fait soit sur le peu de terre ferme disponible, soit en gagnant des terres sur la mer peu profonde, soit carrément, en remplissant le lagon. Et 150 travailleurs du Bangladesh s’occupent de tasser, répandre et faire brûler toutes ces saletés.

 

Depuis peu, ils séparent le métal qui est vendu à l’Inde voisine, et est devenu aujourd’hui le premier produit d’exportation du pays… Mais, comme c’est très loin d’être le premier type de déchets qui arrive là-bas, ça ne suffit évidemment pas à désengorger l’île qui croule sous les ordures. Elle voit d’ailleurs sa taille augmenter d’un mètre carré par an.

 

A demi-calcinées, à demi compressées, les ordures constituent au fil des ans un magma imprégné de produits chimiques et de métaux lourds extrêmement toxique. L’affaiblissement de la barrière de corail fait que cette boue, loin d’être contenue, coule dans la mer, est diluée par les vagues et dispersée par les courants. Inutile de dire que les effets sur les poissons et l’ensemble des êtres marins pourraient être dévastateurs. En 2011 déjà, le vent et les vagues avaient entraîné au large, vers les jolis hôtels « bio » et « nature » de telles quantités de déchets flottants que le gouvernement avait interdit de nouveaux dépôts dans l’île. Mais, confronté aux dépôts et incinérations sauvages, il avait vite rapporté sa décision…

 

En 2008, le gouvernement a mis en place deux institutions chargées de réfléchir au problème : The waste management corporation et The thilafushi corporation limited. Six ans après, ni l’une ni l’autre n’est opérationnelle. Quant à la législation promise à la même époque, elle est, elle aussi, dans les limbes.(1)

 

Il faut dire que le gouvernement actuel est très « business friendly », et a donc sans doute d’autres priorités que d’organiser la gestion publique des problèmes écologiques de l’archipel. Et sûrement d’autres idées pour utiliser les fonds publics : ainsi, dans les mois qui viennent, une prison flambant neuve de 100 places va ouvrir à Thilafushi.

 

Gazogène

 

 

 

(1) Le gouvernement et le parlement sont très occupés à faire voter de progressistes législations. Ainsi, aux Maldives, les femmes adultères sont punies du fouet, et le moratoire sur la peine de mort, en vigueur depuis des décennies, a été levé en avril 2014…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maldives

 

Sources :

http://www.dailymail.co.uk/home/moslive/article-2162653/Maldives-island-paradise-Thilafushi-trashed-reduced-pile-rubbish.html

 

http://rue89.nouvelobs.com/2014/11/01/maldives-ile-composee-dechets-toxiques-surgit-mer-255707

 

Le documentariste Alison Teal et le photographe Mark Tipple ont récemment saisi le visage caché des Maldives.

 http://www.weather.com/travel/thilafushi-trash-island-maldives-20140930

  

Les dernières photos sont de CharlieMahoney et datent de 2012.

http://www.dailymail.co.uk/home/moslive/article-2162653/Maldives-island-paradise-Thilafushi-trashed-reduced-pile-rubbish.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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